Le régime micro

Cumuler sa retraite avec une activité d'auto-entrepreneur en 2026

6 min de lecture·Par le SME

Prendre sa retraite ne signifie plus forcément arrêter toute activité. De plus en plus de retraités ouvrent une micro-entreprise pour transmettre un savoir-faire, arrondir leur pension ou poursuivre une passion. C’est parfaitement légal : le régime du cumul emploi-retraite autorise un retraité à percevoir sa pension et les revenus d’une activité d’auto-entrepreneur.

Mais attention : selon votre situation, vous relevez soit d’un cumul intégral (sans plafond), soit d’un cumul plafonné (revenus limités). Et une subtilité pèse lourd : les cotisations que vous verserez ne créent pas toujours de nouveaux droits à la retraite. Voici les règles applicables en 2026, et ce qui change au 1er janvier 2027.

Retraité et auto-entrepreneur : un cumul autorisé

Rien n’interdit à un retraité de créer une auto-entreprise. Vous conservez votre pension et développez une activité commerciale, artisanale ou libérale, dans la limite des plafonds classiques du régime micro (203 100 € de chiffre d’affaires pour la vente de marchandises, 83 600 € pour les prestations de services et activités libérales, seuils applicables sur la période 2026-2028).

Sur le plan social, vous payez les mêmes cotisations que n’importe quel micro-entrepreneur, calculées sur votre chiffre d’affaires. Les taux 2026 dépendent de l’activité : 12,3 % pour l’achat-revente de marchandises, 21,2 % pour les prestations de services commerciales ou artisanales (BIC), 25,6 % pour les professions libérales non réglementées relevant du régime général (BNC) et 23,2 % pour celles rattachées à la Cipav. La vraie question n’est donc pas « ai-je le droit ? » mais « mes revenus d’activité viennent-ils réduire ma pension, oui ou non ? ». La réponse dépend du régime de cumul dont vous relevez.

Cumul intégral ou cumul plafonné : deux régimes en 2026

Le cumul intégral vous permet de percevoir l’intégralité de votre pension sans aucune limite sur vos revenus d’auto-entrepreneur. Pour en bénéficier, vous devez remplir toutes ces conditions :

  • avoir liquidé l’ensemble de vos pensions, de base et complémentaires, auprès de tous vos régimes obligatoires ;
  • avoir atteint l’âge légal de départ (entre 62 et 64 ans selon votre année de naissance) ;
  • et justifier du taux plein : soit tous vos trimestres, soit l’âge du taux plein automatique fixé à 67 ans (auquel cas la condition de trimestres n’est plus exigée).

Si l’une de ces conditions manque — typiquement, vous avez l’âge légal mais pas tous vos trimestres — vous basculez dans le cumul plafonné, où vos revenus sont limités.

Cumul plafonné : le plafond à ne pas dépasser

En cumul plafonné, le total de votre pension et de vos revenus d’activité ne doit pas dépasser un seuil, sous peine de voir votre pension réduite, voire suspendue, jusqu’à la cessation d’activité.

Pour un indépendant en micro-entreprise, le plafond dépend de votre régime de retraite. Il correspond, pour les artisans et commerçants relevant du régime général des indépendants, à 50 % du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit 24 030 € en 2026 (PASS 2026 = 48 060 €). Pour les professions libérales relevant de la Cnavpl, ou en zone France ruralités revitalisation, ce plafond est porté à 100 % du PASS, soit 48 060 €.

Un point à retenir : ce plafond porte sur votre revenu professionnel imposable (chiffre d’affaires après l’abattement forfaitaire du micro), et non sur le chiffre d’affaires brut. Vous pouvez donc facturer davantage que le seuil affiché, l’abattement variant selon votre activité (34 %, 50 % ou 71 %).

Des cotisations qui ne créent pas toujours de nouveaux droits

C’est le piège le moins connu. Que vous soyez en cumul intégral ou plafonné, vous cotisez sur votre chiffre d’affaires. Mais ces cotisations n’ouvrent pas systématiquement de nouveaux droits.

En cumul plafonné, les cotisations retraite sont versées à fonds perdus : elles ne génèrent aucun droit supplémentaire.

En cumul intégral, la donne a changé. Depuis le 1er septembre 2023 (réforme des retraites), reprendre une activité en cumul intégral ouvre droit à une seconde pension, distincte de la première et liquidée lors de la cessation définitive d’activité. Attention toutefois : cette seconde pension de base est plafonnée à 5 % du PASS, soit environ 2 403 € par an en 2026, et vous ne pouvez la constituer qu’une seule fois — il n’existe pas de « troisième » retraite. Au-delà de ce plafond, vos cotisations redeviennent, dans les faits, sans contrepartie de droits.

Ce qui change au 1er janvier 2027

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 réforme en profondeur le cumul emploi-retraite à compter du 1er janvier 2027, pour les assurés dont la première pension de base prend effet à cette date ou après. La distinction cumul intégral / cumul plafonné disparaît : seul l’âge comptera désormais.

  • Avant l’âge légal (retraite anticipée) : les revenus d’activité seront déduits en totalité de la pension, dès le premier euro.
  • Entre l’âge légal et 67 ans : cumul autorisé dans la limite d’un plafond annoncé autour de 7 000 € brut par an ; au-delà, la pension serait réduite de 50 % du dépassement. Ce montant reste à confirmer : le décret d’application n’était pas publié à ce jour.
  • À partir de 67 ans : cumul intégral, sans plafond, avec possibilité d’acquérir de nouveaux droits.

En 2026, ce sont bien les règles actuelles décrites plus haut qui s’appliquent, et toutes les situations de cumul ouvertes avant le 1er janvier 2027 restent régies par ces règles. Mais si vous préparez un départ pour 2027, ce changement de logique mérite d’être anticipé.

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