Se lancer comme électricien en micro-entreprise
Installer un tableau électrique, raccorder une cuisine ou mettre aux normes un logement ancien : le métier d’électricien touche directement à la sécurité des personnes et des biens. C’est pourquoi, contrairement à beaucoup d’activités de services, il ne suffit pas de se déclarer pour exercer : la profession est réglementée et suppose une qualification professionnelle vérifiée dès l’immatriculation.
Une fois cette condition remplie, la micro-entreprise (ex-auto-entreprise) reste un excellent point d’entrée pour se mettre à son compte : formalités allégées, comptabilité simplifiée, cotisations calculées uniquement sur ce qui est réellement encaissé. Voici, à jour pour 2026, tout ce qu’un électricien doit savoir avant de se lancer.
Une activité réglementée : la qualification professionnelle obligatoire
Contrairement à de nombreuses activités de services, l’électricité fait partie des métiers du bâtiment soumis à une obligation légale de qualification professionnelle. Depuis le 1er juillet 2023, cette obligation est codifiée aux articles L121-1 et suivants du Code de l’artisanat (qui reprennent l’ancien article 16 de la loi n° 96-603 du 5 juillet 1996) : « installation, entretien et réparation des réseaux et équipements utilisant les fluides, ainsi que des matériels et équipements destinés (…) aux installations électriques » figure explicitement dans la liste des activités concernées.
Pour vous immatriculer comme électricien, vous devez justifier soit d’un diplôme — CAP Électricien, Bac Pro MELEC (Métiers de l’Électricité et de ses Environnements Connectés), BTS Électrotechnique ou tout titre équivalent inscrit au RNCP —, soit de 3 années d’expérience professionnelle effective dans le métier (comme salarié, dirigeant ou indépendant), en France, dans l’UE ou l’EEE. Sans diplôme, cette expérience doit être validée par une attestation de qualification professionnelle délivrée par la Chambre de métiers et de l’artisanat (CMA), via le formulaire JQPA (justificatif de qualification professionnelle artisanale) — sans lui, l’immatriculation est refusée.
Il est aussi possible d’exercer sans détenir soi-même la qualification, à condition de placer l’activité sous le contrôle effectif et permanent d’un salarié ou d’un associé qui la possède. Exercer sans remplir ces conditions constitue un exercice illégal de la profession, passible de sanctions.
Régime fiscal (BIC), code APE et activité mixte fourniture-pose
L’activité d’électricien relève des Bénéfices Industriels et Commerciaux (BIC), catégorie « prestations de services » lorsque vous facturez votre main-d’œuvre. L’INSEE attribue le plus souvent le code APE 4321A — Travaux d’installation électrique dans tous locaux.
Particularité fréquente chez les artisans du bâtiment : une même intervention combine souvent la fourniture de matériel (câbles, tableau électrique, appareillage) et la pose. Fiscalement, ce sont deux activités différentes — vente de marchandises d’un côté, prestation de services de l’autre — avec chacune son propre abattement forfaitaire (71 % pour la vente, 50 % pour les prestations de services BIC), son propre taux de cotisations et son propre plafond de chiffre d’affaires. Il est donc recommandé de ventiler clairement le matériel et la main-d’œuvre sur vos devis et factures ; à défaut, l’administration peut requalifier l’ensemble en prestation de services, plus fortement taxée.
Seuils et plafonds applicables en 2026
En micro-entreprise, deux plafonds coexistent pour une activité mixte comme celle d’un électricien qui vend du matériel et facture sa pose :
- 203 100 € de chiffre d’affaires annuel global (vente de marchandises + prestations de services confondues) ;
- 83 600 € pour la seule part « prestations de services » (la pose, la main-d’œuvre).
Concrètement, vous pouvez facturer jusqu’à 203 100 € au total, à condition que la part « services » ne dépasse pas, à elle seule, 83 600 €. Ces seuils s’apprécient sur une année civile, au chiffre d’affaires réellement encaissé, et sont proratisés en cas de création en cours d’année. Un dépassement pendant deux années civiles consécutives fait basculer l’activité vers le régime réel l’année suivante.
Cotisations sociales et charges
Les cotisations sociales se calculent en pourcentage du chiffre d’affaires encaissé, déclaré chaque mois ou trimestre à l’URSSAF. En 2026, un électricien en micro-entreprise applique :
- 21,2 % sur la part « prestations de services » (pose, main-d’œuvre) ;
- 12,3 % sur la part « vente de marchandises » (matériel facturé et revendu tel quel).
S’y ajoute la contribution à la formation professionnelle (0,3 % pour une activité artisanale) et, à partir de la deuxième année, la cotisation foncière des entreprises (CFE). Vous pouvez aussi opter pour le versement fiscal libératoire (1 % sur la vente, 1,7 % sur les prestations de services BIC), sous conditions de revenu fiscal de référence.
ACRE : pour les micro-entreprises créées jusqu’au 30 juin 2026, l’exonération de début d’activité réduit les cotisations de 50 % la première année ; pour les créations à compter du 1er juillet 2026, cette réduction passe à 25 %. Elle n’est pas automatique : elle se demande auprès de l’URSSAF dans les 60 jours suivant le début d’activité.
TVA : la franchise en base
Tant que vous restez sous les seuils de la franchise en base de TVA, vous ne facturez pas de TVA et faites apparaître sur vos factures la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ». En 2026, ces seuils sont :
- 37 500 € pour les prestations de services (seuil majoré de tolérance : 41 250 €) ;
- 85 000 € pour la vente de matériel (seuil majoré : 93 500 €).
Le projet d’un seuil unique abaissé à 25 000 € a été définitivement abandonné par la loi n° 2025-1044 du 3 novembre 2025 : les seuils historiques ci-dessus restent donc la règle pour 2026.
Assurances obligatoires : décennale, RC pro et garanties légales
Les installations électriques touchent directement à la sécurité et à la solidité du bâtiment (risque incendie, mise en conformité aux normes comme la NFC 15-100). C’est pourquoi la souscription d’une garantie décennale est obligatoire avant l’ouverture du premier chantier, quel que soit le statut juridique — micro-entreprise comprise. L’attestation d’assurance décennale doit être jointe à chaque devis et facture (article L. 243-2 du Code des assurances) ; son absence expose à des sanctions pénales.
Au-delà de la décennale, une assurance responsabilité civile professionnelle (RC Pro) couvre les dommages non liés à l’ouvrage lui-même (matériel endommagé chez le client, dommage corporel en intervention). Selon les travaux, certaines interventions nécessitent aussi une attestation Consuel avant la remise en service d’une installation par le gestionnaire de réseau.
Trois garanties légales se superposent après réception des travaux : la garantie de parfait achèvement (1 an, tous désordres signalés), la garantie biennale (2 ans, éléments d’équipement dissociables) et la garantie décennale (10 ans, désordres compromettant la solidité ou rendant l’ouvrage impropre à sa destination).
Immatriculation et étapes pour se lancer
Une fois la qualification en poche, la création d’une micro-entreprise d’électricien suit un parcours balisé :
- 1. Réunir votre justificatif de qualification (diplôme ou attestation de 3 ans d’expérience).
- 2. Déclarer votre activité sur le Guichet unique de l’INPI (formalites.entreprises.gouv.fr), qui vous immatricule au Registre national des entreprises (RNE), volet métiers, en tant qu’entreprise du secteur de l’artisanat — gratuitement.
- 3. Fournir le formulaire JQPA si vous vous appuyez sur l’expérience plutôt que sur un diplôme.
- 4. Recevoir votre SIRET et votre code APE 4321A.
- 5. Souscrire votre garantie décennale et votre RC pro avant tout premier chantier.
- 6. Demander l’ACRE si vous y êtes éligible, dans les 60 jours suivant la création.
- 7. Déclarer votre chiffre d’affaires à l’URSSAF selon la périodicité choisie, dès la première échéance.
Depuis la loi du 30 juin 2025, l’absence d’immatriculation au RNE est passible d’une amende administrative de 7 500 € : une formalité gratuite à ne pas négliger.
Pourquoi se faire accompagner
Entre qualification à justifier, ventilation vente/pose, décennale à ne jamais oublier et seuils à surveiller, l’électricien en micro-entreprise cumule plus de contraintes administratives qu’un grand nombre d’indépendants. Une erreur — décennale manquante, mauvaise ventilation du chiffre d’affaires, oubli de l’ACRE — peut coûter cher, financièrement ou juridiquement.
Se faire accompagner par un syndicat professionnel dédié aux indépendants, c’est rester à jour sur des règles qui évoluent chaque année, et se concentrer sur les chantiers plutôt que sur la paperasse.
Vous exercez ce métier en micro ?
Vous vous lancez comme électricien indépendant ? Le Syndicat des Micro-Entrepreneurs (SME) accompagne, informe et défend les artisans en micro-entreprise. En adhérant, vous restez à jour des règles 2026 — qualification, décennale, seuils —, et vous accédez à une solution de facturation électronique conforme, à tarif négocié, pour anticiper sereinement l’obligation à venir.
Rejoignez le SME et branchez votre activité l’esprit tranquille.
Rejoindre le SMESources
- Service-public.fr — Électricien : conditions d’accès et d’exercice
- Légifrance — Code de l’artisanat, article L121-1 (qualification professionnelle)
- Bpifrance Création — Électricien : réglementation de l’activité
- INSEE — Sous-classe NAF 43.21A Travaux d’installation électrique dans tous locaux
- Autoentrepreneur.urssaf.fr — L’essentiel du statut
- Autoentrepreneur.urssaf.fr — 2026 : modification des seuils de chiffre d’affaires
- Urssaf — Évolution des taux de cotisations des auto-entrepreneurs (2026)
- Service-public.fr — Franchise en base de TVA : suppression du seuil unique à 25 000 €