Fiche métier

Se lancer comme décorateur ou décoratrice d’intérieur en micro-entreprise

Régime : BNC · Code APE indicatif : 74.10Z (Activités spécialisées de design)
6 min de lecture·Par le SME

Home staging, conseil en agencement, choix de couleurs et de mobilier : la décoration d’intérieur séduit un nombre croissant de particuliers et de professionnels de l’immobilier. Pour celles et ceux qui veulent en faire leur activité, la micro-entreprise est le statut le plus simple pour démarrer.

Encore faut-il bien situer son périmètre d’intervention : le décorateur d’intérieur n’est pas un architecte d’intérieur, et la confusion entre les deux métiers — pourtant fréquente — a des conséquences concrètes sur ce que vous pouvez légalement facturer et réaliser. Voici, à jour pour 2026, tout ce qu’il faut savoir avant de se lancer.

Décorateur ou architecte d’intérieur : une distinction essentielle

La décoration d’intérieur consiste à harmoniser et embellir un espace existant : choix des couleurs, du mobilier, des luminaires, de l’agencement des pièces. Le décorateur ne modifie pas la structure du bâtiment : pas de déplacement de cloison, pas d’intervention sur l’électricité ou la plomberie, pas de dépôt de permis de construire. C’est une profession non réglementée : aucun diplôme n’est légalement exigé, aucun titre n’est protégé par la loi — même si des formations et certifications sérieuses existent et sont vivement recommandées pour exercer avec crédibilité.

Ce périmètre diffère nettement de celui de l’architecte d’intérieur, qui conçoit et transforme un espace sous un angle technique et peut intervenir sur la structure (cloisons, réseaux électriques, plomberie) dans le cadre de travaux de rénovation ou d’aménagement. La profession d’architecte d’intérieur n’est, elle non plus, pas réglementée au sens strict par l’État, mais elle est identifiée par des organismes comme le Conseil français des architectes d’intérieur (CFAI), généralement après une formation de niveau bac+5, et reste une profession éligible à la Cipav. Pour tout projet touchant à la structure d’un bâtiment ou nécessitant un permis de construire, seul un architecte inscrit à l’Ordre des architectes peut intervenir — ni le décorateur, ni même l’architecte d’intérieur ne s’y substituent. Rester clair sur ce périmètre dans votre communication commerciale vous protège de toute confusion avec vos clients.

Régime fiscal (BNC), régime général de la Sécurité sociale et code APE

Le conseil en décoration d’intérieur est une prestation intellectuelle relevant des Bénéfices Non Commerciaux (BNC). En tant que profession libérale non réglementée, vous êtes rattaché au régime général de la Sécurité sociale des indépendants — et non à la Cipav, qui reste réservée depuis 2018 à une liste fermée de professions comprenant, précisément, l’architecte d’intérieur, mais pas le décorateur.

En micro-entreprise, vous bénéficiez de l’abattement forfaitaire de 34 % propre aux BNC. Le code APE le plus souvent attribué est 74.10Z (« Activités spécialisées de design »), qui couvre le conseil en agencement et décoration d’espace. Ce code, purement indicatif, sera remplacé début 2027 par un code plus précis (7413Y, « Activités de design d’intérieur ») dans le cadre de la refonte de la nomenclature NAF.

Seuils et plafonds applicables en 2026

Le conseil en décoration relevant du plafond des activités de services (BNC), le seuil du régime micro pour la période 2026-2028 est fixé à 83 600 € de chiffre d’affaires annuel (contre 203 100 € pour les activités de vente de marchandises — voir section suivante en cas d’activité mixte).

  • Plafond micro services / BNC 2026 : 83 600 €
  • Plafond micro vente 2026 : 203 100 €

Cotisations sociales et charges

Vos cotisations URSSAF se calculent en pourcentage du chiffre d’affaires réellement encaissé. En tant que profession libérale non réglementée rattachée au régime général, vous appliquez en 2026 un taux de cotisations de 25,6 % du chiffre d’affaires (contre 24,6 % en 2025). S’ajoute la contribution à la formation professionnelle (0,2 % du chiffre d’affaires pour une profession libérale).

Vous pouvez bénéficier de l’ACRE : réduction de 50 % des cotisations la première année pour les créations jusqu’au 30 juin 2026, ramenée à 25 % pour les créations à compter du 1er juillet 2026 (demande dans les 60 jours suivant le début d’activité). Sous conditions de revenu fiscal de référence, le versement fiscal libératoire pour les BNC est de 2,2 % du chiffre d’affaires.

TVA : la franchise en base

Tant que vous restez sous le seuil de la franchise en base de TVA, vous ne facturez pas de TVA (mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI »). Pour une activité de services, ce seuil est fixé en 2026 à 37 500 € de chiffre d’affaires (seuil majoré de tolérance : 41 250 €).

Les projets d’abaissement de ce seuil (25 000 € puis un seuil unique à 37 500 €) ont été définitivement abandonnés, respectivement par la loi n° 2025-1044 du 3 novembre 2025 et par le rejet du projet de loi de finances pour 2026 sur ce point.

Activité mixte : décoration et vente de mobilier ou d’objets

Beaucoup de décorateurs complètent leurs honoraires de conseil par la vente de mobilier, de luminaires ou d’objets de décoration, en direct ou en prescription pour le compte de leurs clients. Cette activité de vente ne relève plus des BNC mais d’un régime BIC vente distinct : cotisations à 12,3 %, abattement forfaitaire de 71 %, plafond propre de 203 100 €, avec un code APE dédié (souvent 4759B, commerce de détail de meubles).

La micro-entreprise permet de cumuler ces deux activités sous un même SIRET, mais chacune conserve son propre seuil, son propre abattement et son propre taux de cotisations : d’où l’intérêt de bien séparer, dans votre facturation, vos honoraires de conseil (BNC) et vos ventes de mobilier ou d’objets (BIC vente). Cette séparation sera d’autant plus importante avec la généralisation de la facturation électronique, qui distingue prestations de services et livraisons de biens.

Assurances, obligations et étapes pour se lancer

Même non réglementée, l’activité engage votre responsabilité : erreur de conception, objet cassé chez un client, retard de livraison de mobilier. La responsabilité civile professionnelle (RC pro) n’est pas légalement obligatoire, mais fortement recommandée — et parfois exigée par vos partenaires (agences immobilières, promoteurs).

Pour vous lancer :

  1. Clarifiez votre positionnement : décoration (conseil, sans travaux structurels) ou, le cas échéant, activité mixte avec vente de mobilier.
  2. Déclarez votre activité sur le guichet unique de l’INPI.
  3. Recevez votre SIRET et votre code APE sous quelques jours.
  4. Demandez l’ACRE si vous y êtes éligible, dans les 60 jours.
  5. Souscrivez une RC pro et ouvrez un compte bancaire dédié (obligatoire au-delà de 10 000 € de chiffre d’affaires deux années de suite).
  6. Constituez votre book et mettez en place vos outils de facturation et de suivi de projet.

Pourquoi se faire accompagner

Entre le régime BNC, la distinction avec l’architecte d’intérieur, la gestion d’une éventuelle activité mixte avec la vente de mobilier, et des seuils qui évoluent chaque année, le décorateur indépendant doit rester vigilant sur bien plus que son sens esthétique.

Se faire accompagner par un syndicat professionnel dédié aux indépendants, c’est sécuriser son statut et son cadre de facturation pour se concentrer sur la relation client et la création.

Vous exercez ce métier en micro ?

Vous vous lancez comme décorateur ou décoratrice d’intérieur ? Le Syndicat des Micro-Entrepreneurs (SME) représente, défend et accompagne les indépendants en micro-entreprise. En adhérant, vous accédez à des réponses claires sur votre régime BNC, la gestion d’une éventuelle activité mixte avec la vente de mobilier, et à une solution de facturation électronique conforme, à tarif négocié pour anticiper sereinement l’obligation à venir.

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