Décryptage

Auto-entrepreneur, SASU ou portage salarial : le comparatif pour choisir son statut

6 min de lecture·Par le SME

Se lancer à son compte, c’est d’abord choisir un cadre. En France, trois formules dominent : le statut d’auto-entrepreneur (le régime de la micro-entreprise), la SASU (une société avec un associé unique) et le portage salarial. Aucun n’est « meilleur » dans l’absolu : tout dépend de votre activité, de votre chiffre d’affaires, de votre besoin de protection et de l’image que vous voulez donner.

Voici un comparatif objectif et honnête, avec les chiffres à jour pour 2026, pour décider en connaissance de cause.

Trois statuts, trois logiques

Ces trois options ne se situent pas sur le même plan :

  • Auto-entrepreneur : vous êtes travailleur indépendant sous le régime simplifié de la micro-entreprise. Formalités minimales, cotisations calculées sur le chiffre d’affaires encaissé, comptabilité allégée.
  • SASU : vous créez une société par actions simplifiée à associé unique. C’est une personne morale distincte de vous, avec un capital, des statuts et une vraie comptabilité. Le dirigeant est président.
  • Portage salarial : vous n’êtes ni indépendant ni patron, mais salarié d’une société de portage qui facture vos clients à votre place et vous reverse un salaire. Réservé, pour l’essentiel, aux prestations intellectuelles (conseil, formation, expertise).

En résumé : l’auto-entreprise est la plus légère, la SASU la plus structurante, le portage le plus protecteur.

Plafonds de chiffre d'affaires et TVA en 2026

La micro-entreprise est plafonnée. Pour la période 2026-2028, les seuils ont été revalorisés (+7,6 %) et sont fixés à 203 100 € de chiffre d’affaires pour la vente de marchandises et l’hébergement, et 83 600 € pour les prestations de services et les professions libérales. Un dépassement n’exclut du régime que s’il se répète deux années civiles consécutives.

Attention à ne pas confondre ces seuils avec ceux de la franchise en base de TVA, qui sont distincts et restent différenciés. La réforme qui voulait instaurer un seuil unique de TVA à 25 000 € pour tous a été définitivement supprimée par la loi n° 2025-1044 du 3 novembre 2025 : les seuils différenciés sont pérennisés. En 2026, vous ne facturez pas de TVA tant que votre chiffre d’affaires reste sous 85 000 € (vente/hébergement, seuil majoré 93 500 €) ou 37 500 € (prestations de services et professions libérales, seuil majoré 41 250 €). Les avocats, auteurs et artistes-interprètes bénéficient d’un seuil spécifique de 50 000 €.

La SASU n’a aucun plafond de chiffre d’affaires et est en principe soumise à la TVA dès le premier euro (sauf à opter, sous conditions, pour la franchise en base). Le portage salarial n’a pas non plus de plafond : c’est la société de portage qui gère la TVA et la facturation.

Charges sociales et protection sociale

C’est le point qui pèse le plus dans le net qui vous reste.

En micro-entreprise, les cotisations sociales sont un pourcentage simple du chiffre d’affaires encaissé, applicable en 2026 :

  • Vente de marchandises : 12,3 %
  • Prestations de services commerciales et artisanales (BIC) : 21,2 %
  • Professions libérales relevant de la CIPAV : 23,2 %
  • Autres professions libérales (BNC, régime général des indépendants) : 25,6 %

Ce dernier taux poursuit sa hausse programmée sur plusieurs années (contrepartie d’une meilleure retraite pour les libéraux BNC). L’ensemble reste simple et prévisible, mais avec une limite : pas de chiffre d’affaires, pas de cotisation… donc peu de droits. La protection sociale du micro-entrepreneur est réelle mais minimale, et sans assurance chômage.

En SASU, le président est « assimilé salarié » : il relève du régime général (bonne couverture maladie et retraite), mais sans assurance chômage. Les cotisations sur la rémunération sont proportionnellement bien plus lourdes qu’en micro (de l’ordre de 70 à 80 % du salaire net). Beaucoup de dirigeants arbitrent alors entre salaire et dividendes, ces derniers étant soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 %, mais ne créant aucun droit social.

En portage salarial, vous êtes un vrai salarié : couverture maladie, retraite et assurance chômage, mutuelle, prévoyance, congés payés. C’est la protection la plus complète des trois. Le prix de cette sécurité : des charges élevées et des frais de gestion de la société de portage (souvent 5 à 10 % du chiffre d’affaires hors taxes). Concrètement, le salaire net avant impôt représente en général autour de 45 à 55 % du chiffre d’affaires facturé. La convention collective (IDCC 3219) impose par ailleurs une rémunération minimale indexée sur le plafond mensuel de la Sécurité sociale (4 005 € en 2026) : de 70 % de ce plafond pour un profil « junior » à 85 % au forfait jours, soit environ 2 800 à 3 400 € bruts par mois, auxquels s’ajoute une indemnité d’apport d’affaires.

Comptabilité, fiscalité et image

Comptabilité. L’auto-entrepreneur tient un simple livre de recettes (et un registre des achats pour la vente). La SASU exige une comptabilité complète : bilan, compte de résultat, liasse fiscale, souvent un expert-comptable. En portage, vous n’avez aucune comptabilité à tenir : la société de portage s’en charge.

Fiscalité. En micro, l’impôt se calcule sur le chiffre d’affaires après abattement forfaitaire (71 % vente, 50 % services BIC, 34 % BNC), avec option possible pour le versement libératoire sous condition de revenu fiscal de référence. La SASU relève par défaut de l’impôt sur les sociétés (15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice, puis 25 %), avec une option temporaire possible pour l’impôt sur le revenu. Le porté, lui, est imposé comme un salarié classique.

Image. À tort ou à raison, la SASU inspire souvent davantage confiance aux grands comptes et facilite le recours à des investisseurs ou associés. Le portage rassure les clients (contrat, assurance responsabilité civile professionnelle incluse). La micro-entreprise, très répandue, reste parfois perçue comme « débutante » sur des marchés B2B exigeants — même si des millions d’indépendants en vivent très bien.

Alors, pour qui ?

Il n’y a pas de réponse universelle, mais des tendances claires :

  • L’auto-entreprise convient pour démarrer, tester une activité, exercer en complément, ou pour un chiffre d’affaires modéré avec peu de charges réelles. C’est le statut de la simplicité et du risque maîtrisé.
  • La SASU devient pertinente quand le chiffre d’affaires grimpe, que vous avez de vraies charges à déduire, un projet de croissance, des associés en vue ou un besoin d’optimiser salaire/dividendes.
  • Le portage salarial s’adresse aux consultants et experts qui veulent la sécurité du salariat (dont le chômage) sans créer de structure, quitte à accepter un coût plus élevé.

Un dernier réflexe utile : le statut n’est pas figé. On peut commencer en micro-entreprise, puis basculer en société quand l’activité le justifie.

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